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Religion: libertine ou la chair comme tapis de prières
Lu sur Les dessous de Coronis : "Je suis un peu libertine, je l’élime, je m’élime…
Je suis une libertine poly-sensuelle ( néologisme de moi même ) qui se drape dans ce qualificatif élogieux comme le dévot dans la vertu… Ne vous y trompez pas… je ne prône pas les dévotions permanentes à Eros et je ne suis pas un objet de concupiscence qui se vautre voluptueusement dans la luxure… Quoi ? Il y a bien des catho qui ne se rendent aux offices que pour les grandes occasions. Alors, j’ai bien le droit d’être une libertine non-pratiquante ! De toute façon, je ne suis pas non plus charnellement déconnectée !Je suis une libertine dans le symbole, l’esprit et aussi pour opposer une résistance assidue à la monogamite environnante. Car pour être un(e) libertin(e) véritablement actif (ve), il faut associer la diversité de partenaires avec une diversité d’expériences. En gros, il ne faudrait se consacrer qu’à cela ! Tous les libertins du 18 ème siècle ne travaillaient pas et vivaient de leurs rentes. Je ne suis pas, pour ma part, rentière ( au combien, je le déplore ) et je manque cruellement de temps ! Et puis, j’ai trop de centres d’interêts différents et les journées ne font que 24 heures… « Comment tu en es arrivée là ? » Ça c’est la question stupide et non-avenue que j’ai entendu un jour de la bouche du fondamentaliste musulman qui tient lieu de mari à mon ex-meilleure amie. Aladin, elle, me demande souvent : « pourquoi tu fais ça ? » Comme s’il fallait justifier d’une attitude qui nous caractérise. Viendrait-il à l’idée de quelqu’un de demander au petit français moyen pourquoi il est marié et monogame ? Ceci dit, peu le sont vraiment, c’est rassurant ! Ce qui l’est moins c’est l’hypocrisie que la toute puissante monogamie impose à ses adeptes : on est marié, on a une ou plusieurs aventures extra-conjuguales mais on ne mélange pas tout ! On aime sa femme même si on ne la baise plus ( non, baiser n’est pas grossier, c’est dans le dictionnaire ! ), on a une maitresse mais c’est juste une histoire de cul. Chacun sait que la chair est faible… Bref, on contourne la morale judéo-chrétienne mais on ne la dénie pas…Ah, les liens sacrés du mariage ! Les musulmans, eux sont plus intelligents mais il ne faut pas naître dans la peau d’une femme… Bon, je m’égare là, ou en étais-je ? Ah oui, comment en suis-je arrivée là ? Eh bien, c’est très simple en réalité…Un matin réveillée en sursaut par un rêve érotique et des fourmillements dans la partie inférieure de mon anatomie, je me suis rendu chez mon médecin traitant qui a établi un diagnostic implacable : Vous êtes atteinte de nymphomanite aiguë ! Non, plus sérieusement, comment devient-on libertine ? Car il s’agit d’un apprentissage en même temps que d’une volonté. On ne s’improvise pas libertine du jour au lendemain. Et ce n’est pas, à proprement parler, une démarche facile, compte tenu de ma légendaire timidité ( ceux qui me connaissent savent de quoi je parle ), du lourd patrimoine culturel débile que l’on m’a inculqué, des 2000 ans de christianisme occidental qui peuplent l’inconscient collectif et ont baigné mes vies antérieures… Au départ, peut-être, un potentiel, certes… « le terrain est tout »( Pasteur). Enfin presque tout… Il semblerait pourtant que cet état de fait ne ce soit pas manifesté très tôt ( deux ans, tout au plus, que j’y pense, un an que je l’assume véritablement ). Et mon terrain à moi n’attendait que le « fertilisant » pour reprendre l’image au combien évocatrice d’un texte lu dans les archives du blogs d’Amorgen :« l’ouverture de la porte ». Le fertilisant en l’occurrence, c’est l’expérience ( les expériences ), la maturité, la réflexion ( théorisation ?). Alors au départ : _Un potentiel généreux en sensualité _Une imagination débordante, envahissante et propre à faire pâlir les scénaristes de films pornos ( quoi de plus ennuyeux qu’un porno, avec ses gros plans et ses enchaînements de scènes sans originalité qui finissent par donner la nausée à force de prendre une tournure trop systématique ) _Quelques heureuses rencontres… Là on touche un point essentiel. Il y a toujours plusieurs rencontres déterminantes ( une ne suffit pas ) dans le cheminement d’une libertine sur le point de s’accomplir. Lorsque l’élève est prêt le maître arrive… La première fois on imprime sans trop saisir. Une certaine souffrance greffée à cette nouvelle expérience peut même rendre les choses plus pénibles qu’agréables. Le sexe n’est pas forcément anodin de prime abord ( il le devrait mais…) lorsque l’on se trouve être une jeune fille sensible, fragile et encore engluée dans un puritanisme inhibiteur… S’ensuit une période de réflexion sur les tenants et les aboutissements de telle ou telle attitude et une scrupuleuse introspection. On s’interroge sur l’intérêt des jugements de valeur et le comportementalisme purement arbitraires, assujettis à la culture occidentale et sur la morale d’origine judéo-chrétienne. Pour peu, évidemment que l’on soit doté de neurones et d’un cerveau qui ne révèle pas un encéphalogramme plat. Je pourrais dire, à l’instar de Rabelais « libertinage sans conscience n’est que… » Et c’est là qu’intervient la deuxième rencontre, celle qui va donner tout son sens à la première. Le couronnement, en quelque sorte… Les murs tombent. Plus de cloisons étanches entre les différentes sensations, les différents sentiments… Restent les nuances de plus en plus précises mais plus de catégories, plus de moule, plus de cadre rigide. Les horizons s’élargissent. Le libertinage n’est pas seulement une affaire de corps. C’est d’abord une conception mentale qui implique davantage que le seul assouvissement de vices pervers. D'ailleurs la perversité est aussi d'abord une vue de l'esprit... Pas de bestialité dans le libertinage, de l’animalité, oui, une liberté de mouvement et plus aucun tabous. Ah si, il m'en reste un: je ne baise pas avec les crétins analphabetes, incultes ou vénals... Il y a liberté et surtout libertaire ( les libertins du 18ème siècle se définissaient comme des libre-penseurs ) dans libertinage. La LIBERTE d’être, de penser et de ressentir… Voilà, j’ai mal au bout des doigts et je dois faire manger ma petite princesse… Le débat ( euh plutôt le monologue ) est clos pour ce soir. Coronis Coronis Mis en ligne par libertad, le Jeudi 26 Septembre 2002, 18:19 dans la rubrique "Le privé est politique".
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