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LE MEILLEUR DES MONDES
Nos « maladies mentales toujours plus fréquentes » peuvent trouver leur expression dans les symptômes des névroses, très voyants et des plus pénibles. Mais, « gardons-nous », écrit le Dr Fromm (ndla : Erich Fromm, philosophe et psychiatre, auteur de nombreux essais sociaux et grand pourfendeur du capitalisme, mais aussi du stalinisme, et ce dès la fin des années 1930), « de définir l’hygiène mentale comme la prévention des symptômes. Ces derniers ne sont pas nos ennemis, mais nos amis; là où ils sont, il y a conflit et un conflit indique toujours que les forces de vie qui luttent pour l’harmonisation et le bonheur résistent encore ». Les victimes vraiment sans espoir se trouvent parmi ceux qui semblent les plus normaux. Pour beaucoup d’entre eux, c’est « parce qu’ils sont si bien adaptés à notre mode d’existence, parce que la voix humaine a été réduite au silence si tôt dans leur vie, qu’ils ne se débattent même pas, ni ne souffrent et ne présentent pas de symptômes comme le font les névrosés ». Ils sont normaux non pas au sens que l’on pourrait appeler absolu du terme, mais seulement par rapport à une société profondément anormale et c’est la perfection de leur adaptation à celle-ci qui donne la mesure de leur déséquilibre mental. Ces millions d’anormalement normaux vivent sans histoires dans une société dont ils ne s’accommoderaient pas s’ils étaient pleinement humains et s’accrochent encore à « l’illusion de l’individualité », mais en fait, ils ont été dans une large mesure dépersonnalisés. Leur conformité évolue vers l’uniformité. Mais « l’uniformité est incompatible avec la liberté, de même qu’avec la santé mentale… L’homme n’est pas fait pour être un automate et s’il en devient un, le fondement de son équilibre mental est détruit ».
ALDOUS HUXLEY, Retour au meilleur des mondes
Une citation d’Huxley qui résume, à elle seule, le mode de pensée de ceux qui, aujourd’hui, se sont laissé persuadé que le monde dans lequel nous vivons tendrait vers un idéal humaniste que nous toucherions enfin du doigt. Nous serions, nous qui pensons que cet idéal est autre que ce qu’on nous présente, névrosés, mais Huxley, dans ses mots, définit parfaitement la réalité sociophilosophique du monde actuel ! Il est même hallucinant de constater que son livre phare, le terrifiant « meilleur des mondes », comparé à la société actuelle, montre même notre mode de vie tel qu’il est réellement ! Nous vivons dans une société dans laquelle les êtres ont des rapports non pas en tant que personnalités totales, mais en tant que personnifications de structures économiques ou, quand ils ne sont pas au travail, d’irresponsables à la recherche de distractions. Soumis à ce genre de vie, l’individu tend à se sentir seul et insignifiant, son existence cesse d’avoir le moindre sens, la moindre importance. La liberté tant vantée par le capitalisme n’est, en fait, qu’une déshumanisation mise au service d’une minorité afin de faire prospérer, au nom d’un « idéal moyenniste », le système lui-même, au mépris du bien être réel de tous. L’individu est mis au service de la société là où c’est la société qui devrait être au service de l’individu et permettre un respect de ses libertés. On en arrive à un paradoxe consistant à réduire les libertés, à enfermer l’individu dans un mode de pensée unique, « moyen », quand on ne l’enferme pas physiquement, pour officiellement « protéger la liberté » ! Grâce au contrôle des pensées, à la terreur constamment martelée pour maintenir l’individu dans un état de soumission voulu, nous sommes aujourd’hui entré dans la plus parfaite des dictatures, une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, dont ils ne songeraient même pas à renverser les tyrans. système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. Les ressorts montrés par Huxley dans son livre sont à comparer à la réalité. Le cloisonnement qu’il y décrit est à comparer avec celui qui a cours dans notre réalité, et la commercialisation de l’art, de la science, au nom d’une uniformisation de la société, permettent eux aussi d’éliminer les particularités natives d’un individu pour faire de lui un modèle d’intégration, d’un loyalisme intense à l’égard du groupe et d’un inlassable désir de se subordonner, d’être accepté. Le monde est stable à présent. Les gens sont heureux; ils obtiennent ce qu’ils veulent, et ils ne veulent jamais ce qu’ils ne peuvent obtenir. (…) Ils sont conditionnés de telle sorte que, pratiquement, ils ne peuvent s’empêcher de se conduire comme ils le doivent. » « Mis en ligne par joshuadu34, le Lundi 23 Août 2010, 21:40 dans la rubrique "Social".
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