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Anarchisme et Sagesse de Gary Snyder
Lu sur : Autres espaces « Etrange personnalité que celle de cet auteur américain culturellement partagé entre le vieux fond amérindien et la spiritualité asiatique : politiquement engagé dans le courant libertaire des années soixante mais fortement attaché à un mode de vie à l’écart de toutes les modes, voyageur impénitent à l’esprit enraciné dans quelques paysages américains, le poète déroule le fil d’une vie et d’une vision stimulantes pour ceux qui cherchent des nouveaux chemins d’écriture et d’existence.
Il y va en fait d’un déconditionnement social qui passe par une libération mentale, et le moindre acte peut permettre de progresser dans cette voie. L’étude du bouddhisme a énormément compté dans le trajet du poète, qui a passé dix années au Japon et y a rencontré sa seconde femme. On retrouve d’ailleurs dans sa poésie le souci du détail relié à un ensemble infini, et l’idée d’une existence fluctuante ouverte aux jeux d’énergie. Au cœur d’un poème qui se situe chez un coiffeur (chargé de " couper ras "), on trouve ce faisceau de sensations, cette vision brusque et momentanée ouverte sur un large univers : Lac à moitié gelé, à quatre mille mètres d’altitude sa rive rocheuse est stérile mais il est rempli de truites bondissantes : les reflets vacillent dans l’enchevêtrement de cercles qui sans cesse se propagent ce réseau insensé de vaguelettes trouve sa cohérence vu de plus haut. On pense alors à ce que dit Mircea Eliade de la respiration yogique, qui passe par une rythmisation du souffle, laquelle " met en relation l’inspiration et l’expiration avec le jour et la nuit, ensuite avec les quinzaines, les mois, les années, en arrivant progressivement jusqu’aux plus grands cycles cosmiques " [3]. Par la multiplication des expériences et des observations, la poésie de Snyder arrive peu à peu à une vision plus large et plus riche du réel, et il serait assez vain d’aborder ces poèmes selon des critères uniquement littéraires, sans prendre acte de cette volonté d’élever la poésie à un mode de respiration et de vision plus développé, loin de tout ce que nous lisons habituellement et qui nous enferme plutôt dans une perception restreinte du réel. On n’y retrouvera peut-être pas la virtuosité des techniciens de la poésie moderne, mais on aura envie, après avoir déroulé le rouleau, d’aller découvrir soi-même, dehors, ces montagnes et rivières sans fin, et peut-être de " trouver l’espace dans le cœur ", comme dit le titre d’un poème. » Laurent Margantin [1] Entretien avec Gary Snyder, Filigrane, 3, Allen Ginsberg et la Beat génération, 1989, p.75. [2] Titre d’un premier livre de Snyder publié aux éditions du Rocher en 1998. [3] « Symbolismes indiens du temps », dans Images et symboles, Paris, Gallimard, 1952, p.113.
Lire aussi : Ses poésies en ligne (en anglais) Les Diggers de San Francisco / Californie (1965 1968) & Les DIGGERS . Mis en ligne par Mirobir, le Vendredi 29 Juillet 2005, 23:14 dans la rubrique "Pour comprendre".
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